[ Page d'accueil | Introduction | Itineraire | Table des matières | Liens | Technique ]
| Séjour
à Tahiti
Une randonnée pas comme les autres De Tahiti à Rurutu. Séjour à Rurutu |
La grande boucle Polynésienne 1996-97 |

Le vendredi 14 Juin 1996 nous allons nous amarrer au quai Pomaré, en plein centre ville, à côté d'un gros mikado Américain, "Navigator", dont les propriétaires, Joe et Kaye, deviendront vite de bons amis, leur chat Frostie venant de temps à autre explorer l'Aventure. Aussitôt arrivés nous appelons Jean-Paul, un ami Tahitien qui avait été très chaleureux lors de notre premier voyage, pour lui remettre le reste du thon pêché au large; Jean Paul passe nous voir et prend le poisson pour le mettre au congélateur, mais nous avons l'impression, renforcée lors des contacts ultérieurs, que l'ambiance n'est plus la même, sans que nous comprenions pourquoi, et que les sentiments sont plus froids et plus distants; ainsi va la vie! Nous commençons notre séjour par les inévitables corvées rendues nécessaires par un long séjour en mer, loin de toute compétence technique.
Nous faisons réviser le moteur par le représentant Yanmar; toutefois le jeune mécanicien "popaa", peu expérimenté et sujet au mal de mer même au mouillage, ne trouvera pas l'origine de nos ennuis; il faudra la sagacité d'un vieux mécano chinois pour voir que le gazole contient de grosses impuretés qui obstruent le circuit; nous n'aurions pas dû embarquer de gazole aux Galapagos!
Nous faisons modifier notre chaussette à spi chez le voilier, pour éviter qu'elle ne se coince systématiquement à la descente. Au cours d'une soirée organisée par ce voilier au profit de ses clients nous faisons la connaissance de Michel, un électro-mécanicien prodigieusement doué pour résoudre astucieusement toutes sortes de petits problèmes de bateau: réduire très sensiblement le bruit du pilote Robertson par un serrage de la mèche avec une sorte de presse-étoupe, installer une vanne sur la vidange de l'égouttoir pour empêcher les débordements d'eau de mer à la gîte, placer un filtre au charbon sur le circuit d'eau douce, réparer l'éolienne....Son travail le plus important sera de rechercher et d'essayer d'éliminer l'électrolyse qui nous empoisonne la vie depuis le début; pour cela, Michel isole tous les " moins " électriques provoquant des fuites à la masse, à l'exception du moteur, apparemment non isolable; il faut attendre quelques mois pour savoir si cette approche résout bien le problème. Nous faisons un achat important en changeant notre vieux zodiac rapiécé pour un nouveau zodiac à plancher gonflable, tout neuf, et soldé à un prix convenable; ce modèle présente le gros avantage d'un montage facile et rapide par rapport au plancher rigide, toujours délicat à mettre en place.
A la fin Juin, le président du territoire, Gaston Flosse, organise une grandiose manifestation pour commémorer l'instauration de l'autonomie interne. Depuis 1984, en effet, la France a accordé à la Polynésie une vaste délégation de pouvoirs; les structures politiques, calquées sur le modèle Français, sont constituées d'une assemblée élue et d'un gouvernement "territorial", qui gèrent l'éducation, l'économie, la santé...Le gouvernement Français, "l'Etat", représenté par un haut-commissaire, reste responsable de quelques domaines importants comme la défense, les relations extérieures, la monnaie...Il est toutefois évident que cette autonomie, pour réelle qu'elle soit, reste limitée par le fait que 80% du budget Polynésien est fourni par la France. Cette situation, dans l'ensemble, paraît bien acceptée par la majorité de la population: 75% de votes favorables au fil des années, les indépendantistes ne totalisant que 25%. Cette année-ci, le président Flosse a mobilisé tous les corps socioprofessionnels pour un imposant défilé, devant une large tribune où, en plus des autorités locales, sont présents des représentants de la plupart des états océaniens voisins: Cook, Fidji, Vanuatu... marquant ainsi la volonté du président de faire admettre le statut du territoire par ses voisins.
Le président des Fidji prononce même un petit discours pour louer la position du président Flosse, faisant valoir que l'attribution précipitée de l'indépendance à son pays pose quantité de problèmes dramatiques non résolus. Nommé par le président Chirac représentant de la communauté Française dans le Pacifique, Gaston Flosse ne ménage pas ses efforts, sa tâche étant grandement facilitée par l'abandon définitif des essais nucléaires Français et le démantèlement des bases de Mururoa et de Fangatofa.
A
l'occasion de la cérémonie, un hymne officiel Polynésien
a été composé, qui accompagne dorénavant le
lever des couleurs (drapeau Polynésien à bandes horizontales
rouge-blanc-rouge), à côté de notre marseillaise nationale
et de nos trois couleurs, le tout vigoureusement proféré
par une jeune chorale paroissiale pleine d'énergie. Cette cérémonie
sert de prélude à la fête la plus importante du calendrier
Polynésien: le "heiva" (fête) de juillet, plus familièrement
appelé ici le "juillet", centrée autour du 14 Juillet,
et qui dure pratiquement tout le mois.
Le 1er Juillet, nous recevons une visite programmée de longue date avec Liliane et Jacques, les beaux parents de notre fille Catherine. Ils s'adaptent vite au soleil tropical de Tahiti, à l'exiguïté de la vie à bord, et à la précarité du passage à terre sur l'étroite planche qui relie l'Aventure au quai Pomaré. Nous assistons ensemble aux somptueuses fêtes du juillet.
Les
classiques danses Tahitiennes exécutées par d'imposants groupes
professionnels revêtus des riches costumes traditionnels (théoriquement
purement végétaux), avec leurs orchestres au rythme endiablé
de toérés, de pahus, de vivos et de ukulélé
en constituent peut-être l'aspect le plus vivant et le plus marquant;
mais on ne se lasse pas non plus d'aller admirer les riches réalisations
d'un artisanat très varié: très belles vanneries de
toutes sortes, du chapeau finement tressé en pandanus au large peue
(tapis de sol) décoratif, les très beaux tifaefae (patchwork),
les sculptures du bois et de la pierre, le travail de la nacre, les tapas
et pareos, le tatouage... tout un mélange d'activités traditionnelles
conservées au cours des siècles et de nouvelles techniques
adaptées plus récemment d'Occident. Nous ne manquons pas
d'aller assister aux spectaculaires lancers de javelot: enfoncer la pointe
d'un javelot dans une noix de coco à 7m5 de hauteur nécessite
une indéniable adresse.
Il
y a aussi les courses de pirogues, très en vogue ici, où
des dizaines d'équipages s'affrontent avec acharnement sur des embarcations
à 1, 3, 6 ou 16 pagayeurs (à 2 coques dans ce dernier cas).
Nous prenons plaisir également à voir des concours plus rustiques,
réminiscences de la vie ancienne: grimper au cocotier (pas évident!),
débourrage de noix de coco (le gagnant réussissant un époustouflant
débourrage avec ses dents!), course des porteurs de paniers de fruits
de 50 kg, lever de cailloux de 150 à 200 kg etc. En fin de heiva,
nous assisterons à une somptueuse reconstitution de fiançailles
royales au marae (lieux de culte aux temps anciens) de Arahurahu; des centaines
de figurants richement vêtus à l'ancienne, jouant leurs rôles
à la perfection, nous font revivre ce temps fort de la vieille culture
maori. Enfin, le clou de cet heiva sera le "umu ti", la marche
sur le feu, organisée par le grand "tahua" (prêtre)
de Tahiti; pendant des heures des grosses pierres ont été
chauffées à blanc (la moindre brindille que l'on y dépose
s'enflamme aussitôt) , mais après l'intervention du tahua
on peut marcher pieds nus sur ces pierres, posément, sur une distance
d'une dizaine de mètres, sans ressentir autre chose qu'un léger
échauffement ; par quel mystère? Nous n'avons trouvé
aucune explication rationnelle! Bien que cette participation au heiva ait
constitué le plus gros de nos activités, nous ferons aussi
avec Jacques et Liliane quelques sorties, à terre et en mer (jusqu'à
Moorea).
Le 14 juillet nous assistons au défilé et le 15 juillet, nous ramenons nos hôtes à l'avion, quittant le bord à 3 heures du matin, avec la désagréable surprise de constater que durant cette nuit on nous a volé les chaussures laissées au pied de la passerelle; nous en retrouvons quelques unes dans la poubelle voisine, rejetées par nos voleurs.
|
|
Le temps passe très vite, et le mercredi 24 juillet nous sommes
de nouveau au petit jour à l'aéroport pour accueillir notre
fille Catherine Patsouris et sa famille, 5 personnes, plus notre fils Jean,
soit au total 8 personnes à entasser à bord. Les Patsouris
sont déjà venus en Polynésie fin 1990, et nous avions
navigué dans l'archipel de la Société; cette fois-ci
nous optons pour l'environnement maritime intégral, direction les
Tuamotu du nord, vers Rangiroa.
Après un faux départ causé par une dernière
avanie du moteur (toujours le circuit gazole à moitié bouché),
nous prenons la mer cap au nord, avec un vent de nordet qui impose une
navigation au près, peu confortable.
Les jeunes, affalés dans le cockpit, éprouvent les affres
du mal de mer, et leurs parents se maintiennent de justesse; seul Jean
se montre indifférent aux mouvements de plate-forme, et ne souffre
que de l'interdiction de fumer que lui inflige sa mère (une seule
cigarette après le repas à fumer sur la jupe!).
Après 2 jours de mer, Rangiroa est en vue mais le vent interdit
la route directe et il faudrait tirer de longs bords; l'équipage
est consterné, aussi décidons-nous une halte à l'atoll
de Tikehau, sous le vent de Rangiroa, accessible sans virer de bord. Vers
15h30 nous franchissons sans difficulté la large passe et jetons
l'ancre dans un petit mouillage tout proche.
Le lendemain nous mettons le cap sur Rangiroa, à une cinquantaine de nautiques; la mer est toujours aussi houleuse et le bateau agité, mais curieusement la vue de la terre enlève le mal de mer chez nos jeunes. Nous franchissons la passe d'Avatoru et allons mouiller devant l'hôtel Kia-Ora en fin d'après midi. Pendant quelques jours chacun exploite les ressources du lagon à son idée: plongée en apnée ou en bouteille avec le club Ray Manta dans le fantastique aquarium de Nuhinuhi, pêche à la ligne pour Jean qui réussit même à ramener quelques beaux poissons, planche à voile pour Catherine et Willy, interminables parties avec l'annexe plastique insubmersible que les jeunes essaient de couler...
Nous profitons également des soirées du Kia Ora, dont le somptueux buffet - service à volonté - émerveille la jeunesse ("nous viendrons faire notre voyage de noces ici", décrètent Anne et Florence), suivi de danses Tahitiennes, acceptables pour qui n'a pas vu le heiva! Le 1er Août, nous appareillons pour l'atoll de Ahé, plus au nord, authentiquement Paumutu, sans trace de tourisme, du moins pour le moment, car il se construit un aérodrome; c'est ici que Moitessier passa quelques années sur le motu de Poroporo, avec sa compagne. Ahé est maintenant entièrement consacré à la perliculture, et le lagon est constellé de bouées à nacres, sillonné par de gros canots à moteur, encerclé de fermes sur pilotis... Nous allons rendre visite à Guillaume et à sa jeune compagne, qui survivent sur un motu infesté de moustiques, en essayant de cultiver des naissains (élevage de jeunes nacres); nous laissons en partant nos oranges du pique-nique, qui sera manifestement leur joie de la journée!
A la petite église du village nous faisons la connaissance de Milton et Juliette, qui nous invitent sur leur "secteur" (leur ferme perlière, sur un motu); nous partons pour cette visite avec toute notre drome: le zodiac, chargé à bloc, remorquant la plate où ont pris place quelques courageux volontaires en maillot de bain, car dans le lagon clapoteux on y est copieusement arrosé; mais 8 personnes et leur matériel sont ainsi transportées sans encombres de l'autre côté du lagon. A la ferme de Milton il n'y a rien de spectaculaire à voir; on discute du travail de la perle, de la pêche (activité indispensable à tout Paumutu), et Milton nous offre de grosses noix de coco bien fraîches délicieuses à boire.
Le 7 août l'équipage émet le souhait de retrouver les délices de Rangiroa et nous reprenons la mer, avec cette fois-ci un bon vent portant, qui rend la plate-forme bien stable, et cela est très apprécié des passagers sujets au mal de mer! De retour à Rangiroa nous décidons de pousser jusqu'au motu des sables roses, près de 40 nautiques au fond du lagon; le décor est agréable mais loin d'être aussi sublime qu'on le dit; de plus, les requins accourent dès que l'on se met à l'eau, probablement dans l'attente des poissons que leur distribuent habituellement les guides qui amènent les touristes voir le "shark feeding"(repas pour requins distribué par des plongeurs); il est difficile d'expliquer aux requins que cette fois-ci il n'y pas de repas et qu'il faut rentrer chez soi; en essayant d'apprendre à Manu la plongée en bouteilles, par petit fond, Geneviève et Catherine sont cernées par une meute de requins, qu'elles doivent chasser à coup d'avirons, avant de renoncer au cours de plongée.
On console Manu en lui disant qu'il va pouvoir épater les copains avec cette histoire de requins, mais il hausse les épaules d'un air désabusé: "ils ne me croiront jamais...". Nous retournons au mouillage du Kia Ora, finalement plus agréable pour tous. Tout a une fin; le 15 août nous reprenons la mer vers Tahiti; il y a très peu de vent et nous devons appuyer au moteur; nous nous amarrons le 16 au quai Pomaré, et le 19, après quelques dernières emplettes, tout le monde rentre sur la France, vacances terminées. Subitement, le bateau paraît bien vide...
.
Lors de notre premier voyage, nous avions rencontré Jacqueline et Christane Dardé, deux étonnantes navigatrices habituées aux mers les plus dures (Alaska, canuax de Patagonie, etc.) à bord de leur Via 38 "Maris Stella". Leur bateau est maintenant ancré dans l'excellent mouillage de Port Phaëton et sert de résidence permanente à Jacqueline, professeur de mathématiques au lycée de Taravao, tout proche. Christiane est retournée en France, à Fromentine, suivre la construction de leur future maison.
C'est pourquoi le 6 septembre, nous appareillons pour Taravao, dans le sud, rejoindre Jacqueline à l'excellent mouillage de Port Phaëton. Son occupation favorite durant ses loisirs consiste en excursions à l'intérieu