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| Le retour de l'Aventure |
Sortie d'essai près de l'île d'Yeu |
Le 29 juillet 1993, une aventure se termine, lorsque notre Feeling 1090
"L'AVENTURE" vient s'amarrer au Club Nautique de la Marine, à
Toulon, après un tour du monde d'environ quatre ans.
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Départ des Sables d'Olonne par petit temps. |
Notre idée est alors de vendre notre bateau pour en acheter un
plus grand, puis de repartir dès que possible retrouver nos amis
les dauphins, de préférence dans le Pacifique Sud. Facile
à dire, mais plus compliqué à réaliser!
La vente du bateau et de notre appartement de Versailles, le choix du nouveau
bateau et les discussions avec le chantier, les formalités interminables
avec le fisc, les banques, les assurances, la sécurité sociale,
etc. nous ont évidemment pris plus de temps que prévu. Mais
surtout, comble de malchance, Pierre doit subir une lourde opération
en Juillet 95 à cause d'un problème vasculaire et il n'est
guère envisageable de partir avant Octobre.
Finalement, nous nous installons définitivement à bord de
notre nouveau bateau à la mi-septembre, pour un départ le
15 octobre. Un mois pour réaliser l'armement du bateau, c'est très
court malgré l'expérience de notre précédent
voyage, et en fait nous partirons sans avoir tout réglé dans
le détail.
Notre nouveau palace flottant est un Feeling 416
D.I. (dériveur), réalisé aux Sables d'Olonne par
le chantier Kirié, comme le Feeling 1090. Avec ses 12m20 (contre
10m90) il est beaucoup plus spacieux que le précédent; sa
dérive entièrement relevable nous donne un très faible
tirant d'eau (0m80) et nous permettra l'accès aux plus belles criques
des îles du Pacifique; enfin le chantier ayant accepté de
réaliser (contre finance) les aménagements spécifiques
que nous avions demandés, nous aurons un bateau mieux adapté
à nos conditions de voyage (voir en annexe
le paragraphe relatif aux aménagements spéciaux).
Nous aurions voulu, avant le départ, naviguer quelque peu dans le
secteur, mais d'innombrables petites mises au point nécessitant
notre présence au port nous en empêchent; en fait nous ne
ferons qu'une toute petite navigation de quatre jours en guise d'essai.
Finalement la date du départ approche, et quelques membres de la
famille, qui ont pu faire le voyage jusqu'aux Sables, viennent nous tenir
compagnie.
Un sympathique déjeuner au restaurant du port nous réunit
tous (beaucoup de nos hôtes ne se connaissant pas entre eux)et, en
début d'après midi, vers 15h00, nous larguons les amarres
et gagnons le large. Pour la première étape, nous avons avec
nous deux équipiers supplémentaires: notre fils François
et notre cousin Jean Barradel.
Nous voici donc repartis courir les océans sur l'Aventure II, ce Dimanche 15 octobre 1995.
Nous abordons le golfe de Gascogne avec une certaine appréhension; jusqu'à la pointe Finisterre incluse (coin NW de l'Espagne) ces lieux ont sinistre réputation; par mauvais temps, la mer y devient vite énorme et elle a envoyé par le fond plus d'un bateau. Certes avant le départ nous nous sommes assurés d'une bonne couverture météo, mais sait-on jamais?
En fait, les quatre jours que nous mettrons à dépasser le cap Finisterre se passeront dans du tout petit temps; en dépit de tous les efforts de François -notre maître manoeuvrier, nous devrons assez souvent appuyer au moteur. Trop heureux de passer aussi tranquillement le redoutable golfe, nous ne récriminons pas. Le cap Finisterre se double dans une brume épaisse, avec une forte densité de pêcheurs Espagnols, qui rendent la navigation assez périlleuse; mais tout se passe bien, et nous dépassons sans problème La Corogne, qui marque le début de la côte ouest de l'Espagne et du Portugal.
François doit passer un coup de fil professionnel, et nous décidons
de faire une brève escale à Bayona, petite station balnéaire
proche de Vigo. Le jeudi 19 octobre vers 09h00 nous nous amarrons dans
la marina du port, après nous être frayés un chemin
dans une nuée d'embarcations en train de draguer des coquillages
sur le fond.
Bayona, en Galicie (province celte, comme la Bretagne, dont elle se
sent proche), est une ville charmante et très pittoresque; nous
sommes très bien accueillis par la population locale, apparemment
assez Francophile (ce qui n'est pas toujours le cas en d'autres lieux de
l'Espagne!). Le soir nous nous offrons une sortie "tapas", dont
nous faisons une véritable orgie -calamares fritos, jamon serrano,
almeras, mejillones, gambas à la plancha.... qu'un petit vin blanc
local bien frais fait descendre à merveille.
Le Vendredi 20 octobre, en début d'après-midi, nous quittons
ces lieux sympathiques et appareillons en direction de Lisbonne, où
François a donné rendez-vous à son amie Sophie Forte,
qui doit slalomer en avion pour venir au Portugal tout en allant à
Genève et Istanbul...
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Le vent est assez capricieux, oscillant du nordet au suet, force 1 à
5; mais François, qui veut être à temps à Lisbonne,
déploie une grande énergie à envoyer et rentrer le
spi, allant même jusqu'à démarrer le moteur quand le
vent s'effondre! Finalement nous arrivons le dimanche 22 avant l'aube devant
l'immense embouchure du Tage; vers 09h00 nous sommes amarrés dans
l'une des marinas de Lisbonne, et François retrouve Sophie, non
sans mal, son chauffeur de taxi l'ayant déposée par erreur
assez loin du point convenu.
La météo étant particulièrement défavorable,
nous allons rester six jours à Lisbonne, et nous profiterons de
cette escale forcée pour visiter les lieux et apprendre un brin
de l'histoire du Portugal: tour de Belem, monument de Henri le Navigateur,
château Saint Georges, tout en haut de la colline qui domine le Tage
et où s'étagent les pittoresques maisons du Bairro Alto (vieille
ville), monastère des Hièronymites....
Après s'être débarrassés des occupants arabes,
en même temps que leurs voisins Espagnols, au cours du 15° siècle,
les Portugais s'élancèrent très vite sur les Océans,
aussitôt suivis par les Espagnols.
Au moment de la "découverte" de l'Amérique en 1493
par Christophe Colomb pour le compte de l'Espagne (en fait ce continent
avait déjà été visité par les Vikings,
les Basques, les Portugais....), et pour éviter tout conflit fratricide
entre les deux royaumes hispaniques, l'Espagne et le Portugal signèrent
en 1494 le traité de Tordesillas, qui attribuait à l'Espagne
toute terre découverte à l'ouest du 45° ouest et au Portugal
celles situées à l'est. C'est ainsi que le Brésil
devint colonie Portugaise, et non Espagnole, comme le reste du continent
sud-américain; par exception les îles Canaries restèrent
à l'Espagne, qui les occupaient déjà. Si bien que
l'expansion Portugaise se fit essentiellement vers l'Afrique et l'Orient,
par les îles du Cap Vert, la Guinée, l'Afrique Australe, des
comptoirs en Inde et en Chine, l'Indonésie...Mais ce bel empire
ne dura pas très longtemps, et fut bientôt taillé en
pièces et accaparé en grande part par les nouvelles nations
maritimes de l'Europe du Nord, essentiellement les Hollandais et les Anglais.
Le samedi 28 octobre la météo locale annonce la fin des vents de suroît, qui nous barraient la route, et l'établissement d'un régime de noroît, où nous devrions pouvoir naviguer.
François nous ayant quitté pour rentrer à Paris, nous appareillons le matin même à trois avec notre cousin Jean Barradel, nous frayant difficilement un chemin dans un estuaire du Tage extrêmement agité. Les estomacs, engourdis par une semaine à terre, ne sont pas très vaillants.
Les vents favorables ne tiennent pas plus de 24 heures!
D'abord le vent tombe, nous contraignant au moteur pour ne pas être trop chahutés par la mer très houleuse, puis du 30 octobre au 1° Novembre c'est un solide coup de vent de suroît force 8/9 qui nous tombe dessus, de nuit, dans une ambiance apocalyptique de ciel zébré d'éclairs monstrueux et noyé de grains violents, de mer écumante et de vent hurlant.
Nous essayons de prendre la cape sèche; pas moyen! Le génois livré par Kirié a été roulé trop lâche: dans la tempête, la toile se roule beaucoup plus serrée et nous nous trouvons en bout de drisse avec encore une bonne surface de génois dehors sans pouvoir le rentrer entièrement; pas question d'aller de nuit à l'étrave par ce temps pour remettre l'enrouleur en ordre, et finalement nous prenons la cape courante -grand voile au bas ris, voile d'avant bordée à contre, barre dessous, et tout se passe bien, si ce n'est que nous dérivons beaucoup plus qu'en cape sèche.
Jean n'est pas très à l'aise dans tout ce chahut, et entame un jeûne qui lui fera perdre plusieurs kilos; il assure néanmoins stoïquement ses quarts. Lorsque les éléments se calment un peu, Pierre va à l'avant pour redonner des tours à la drisse de génois et permettre son enroulement total; nous faisons ainsi un essai de cape sèche, et nous somme déçus; l'arrière dérape bien, mais pas l'avant, si bien que le bateau roule beaucoup et embarque beaucoup d'eau; peut-être n'avons nous pas effectué toutes les manoeuvres qu'il fallait (dérive, barre...), et il nous faudra revoir la question au prochain coup de vent, la cape sèche étant plus simple à prendre et nous faisant moins dériver.
Dans les jours qui suivent le vent s'effondre, ou ne s'anime que pour
souffler suroît -de face! Nous faisons largement appel au moteur.
Le 3 novembre nous fêtons dignement les 60 ans de Geneviève,
avec un menu amélioré et une bonne bouteille. Le Samedi 4
novembre nous arrivons devant l'île de Porto Santo, une quarantaine
de nautiques au nord de Madère; nous mouillons dans le port, parmi
une dizaine d'autres voiliers, bien heureux de pouvoir enfin nous offrir
une bonne nuit! Nous avons mis sept jours exactement depuis Lisbonne, dont
deux passés à la cape pendant la tempête.
Nous restons quatre jours à Porto Santo, que nous consacrons
essentiellement à effectuer un certain nombre de petits travaux
de bord que nous n'avions pas eu le temps d'effectuer jusque là.
L'île n'offre pas un grand attrait, si ce n'est de grandes plages
ensoleillées où le touriste nordique peut bronzer tranquillement,
pour pas trop cher. De petites dimensions, avec peu de relief, l'île
est en outre très sèche et dénudée de végétation,
contrairement à Madère, sa grande soeur toute proche.
Le mercredi 8 novembre nous appareillons au matin pour Madère; il n'y a pas de vent et nous sommes au moteur. Nous nous amarrons en début d'après-midi dans la petite marina de Funchal, port et capitale de l'île. Il y a peu de place pour les yachts de passage et on doit s'amarrer en parallèle, parfois jusqu'en 5° position! Nous décidons de consacrer quelques jours à la découverte de Funchal et de Madère. A Funchal nous retrouvons l'ambiance des vieilles villes Portugaises, comme à Horta, aux Açores; les rues et trottoirs sont recouverts de ces petits pavés noirs et blancs, qui forment parfois divers motifs naïfs, on voit des monuments de style baroque, des maisons basses rehaussées de constructions en bois...
Malheureusement tout le bord de mer est accaparé par le tourisme, avec les horreurs que cela implique: hôtels-béton, succession de mangeoires construites avec le plus mauvais goût etc. ... Bien entendu nous essayons la spécialité du pays, le vin de madère, que nous trouvons fort bon.
L'intérieur, que nous découvrons en voiture de location, est beaucoup plus intéressant. Le relief est très marqué; le sommet -le Pico Ruivo, culmine à 1862 mètres, et les pentes sont très raides; l'île est abondamment arrosée par l'Atlantique, et l'eau ruisselle de partout, tandis que pousse une végétation luxuriante, très différente selon l'altitude -des bananiers du bord de mer aux sapins dans les sommets. Nous cherchons en vain la végétation originelle de l'île, dont il subsisterait des lambeaux par endroits; en effet, au début de la colonisation Portugaise l'île aurait été couverte d'une énorme forêt de grands arbres, inconnus ailleurs -d'où son nom: "Madeira", le bois, en Portugais.
Le Seigneur Gonzalves Zarco, chargé de peupler les lieux, aurait
déclenché un gigantesque incendie qui aurait duré
7 ans, réduisant en cendres ce qui devait être un trésor
de la nature, pour le remplacer par des plantations plus "rentables"!
Beaucoup de cultures en terrasses, très impressionnantes dans ces
reliefs abrupts. Nous explorons l'une des nombreuses "levadas"
de l'île; ce sont des canaux d'irrigation creusés à
flanc de montagne, courant sur des kilomètres pour apporter l'eau
en été aux cultures en terrasse; cela fait aujourd'hui de
fort agréables promenades en haut de la montagne; une épaisse
végétation de lauriacés et de bruyères géantes
cache le vide tout proche, qui pourrait être assez vertigineux.
Comme partout au Portugal, la population est très amicale; beaucoup
de gens parlent un peu de Français. Visiblement, on ne roule pas
sur l'or, par ici. Les terrasses sont encore effectivement cultivées,
à la main, on voit beaucoup de petits boulots, la moindre boutique
dispose d'un nombreux personnel... Mais manifestement tout le monde travaille,
et on ne voit pas le moindre mendiant dans les rues.
Nous aurions bien voulu appareiller après quelques jours d'escale, pour traverser l'océan, si possible, ou à défaut pour gagner les Canaries, mais un fort vent de suroît nous dissuade de le faire (alors qu'à cette époque de l'année, d'après les Instructions Nautiques, il devrait souffler de nordet!).
Notre cousin Jean commence à avoir la nostalgie de ses Vosges natales; c'est comme la force d'un ressort: plus la distance le séparant de sa ferme dans les Vosges augmente, plus son envie de retour au bercail s'accroît. Finalement le Samedi 18 novembre Jean, après nous avoir aidés à compléter les pleins et l'avitaillement, nous quitte et prend l'avion pour la France. Le lendemain Dimanche, la météo annonce un vent du nord, et nous appareillons immédiatement, revenus dans notre configuration habituelle d'équipage à deux.
Au large, nous prenons le cap de l'Amérique; mais le vent promis n'est pas au rendez-vous; après une journée de vaines manoeuvres dans des petits souffles d'air fugitif, nous mettons le cap sur La Palma, la plus orientale et la plus proche des îles Canaries, où nous décidons de faire escale en attendant les vents favorables.
Nous atteignons le port de Santa Cruz, à La Palma, deux jours après, à la nuit tombante, le mardi 21 novembre; ce port n'est pas vraiment fait pour accueillir des yachts de passage, et il y a peu de place; avec l'aide d'un